Trump 2.0 et l’Afrique :
Une équipe controversée pour une stratégie transactionnelle et ses enjeux géopolitiques
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Kamal AKRIDISS
Publié le 24 Janvier 2025
Une nouvelle étape de la politique américaine envers l’Afrique est ouverte par le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, avec des possibilités et des défis considérables. S’il a été perçu comme désengagée et minimaliste lors de son premier mandat, l’arrivée d’une équipe de conseillers stratégiques soulève des questions. La vision Trumpienne, combinant opportunisme économique, alliances sécuritaires et calculs politiques intérieurs, propose une nouvelle situation que les pays africains devront gérer au mieux.
Nous utiliserons une approche d’un spécialiste en géopolitique et en guerre économique dans cette analyse afin d’analyser les conséquences profondes de cette politique sur le continent africain.
Une politique transactionnelle : Des gains américains avant tout
L’Afrique n’a pas été une priorité sous Trump I, mais plutôt une occasion de protéger les intérêts américains face à la montée en puissance de la Chine. Une politique de “désengagement stratégique” est manifestée par les coupes budgétaires dans l’aide internationale et le retrait de forums multilatéraux. Toutefois, cette méthode minimaliste a créé un vide que des puissances telles que la Chine, la Russie ou encore la Turquie ont rapidement comblé. L’Afrique n’a pas été une priorité sous Trump 1.0, mais plutôt une occasion de protéger les intérêts américains face à la montée en puissance de la Chine. Une politique de “désengagement stratégique” est manifestée par les coupes budgétaires dans l’aide internationale et le retrait de forums multilatéraux. Toutefois, cette méthode minimaliste a créé un vide que des puissances telles que la Chine, la Russie ou encore la Turquie ont rapidement comblé.
Pour Trump 2.0 l’objectif est de tirer parti d’alliances spécifiques, où les relations entre les deux pays seront orientées par trois principes :
- Les bénéfices économiques immédiats : Les États-Unis chercheront à sécuriser des marchés et des ressources stratégiques.
- Le contrôle des menaces sécuritaires régionales : Stabiliser le Sahel et les Grands Lacs pour limiter la propagation des groupes terroristes.
- Une politique tournée vers l’électorat républicain : Maintenir une posture nationaliste qui valorise les intérêts américains à court terme.
Des conseillers stratégiques et influents : Entre géopolitique, sécurité et économie
La sélection de l’équipe chargée de conseiller Donald Trump sur l’Afrique témoigne d’une approche stratégique qui allie pragmatisme économique, compétence en matière de sécurité et idéologie conservatrice. Voici une étude approfondie des sept personnalités identifiées, ainsi que leur éventuel impact sur la création de la politique africaine de Trump 2.0.

Massad Boulos – Conseiller Officieux sur les Affaires Africaines
Proche de la famille Trump par alliance, Massad Boulos incarne une approche transactionnelle basée sur ses vastes intérêts économiques en Afrique de l’Ouest (Burkina Faso, Bénin, Togo, Nigeria) et centrale (Cameroun).
- Forces : Sa connaissance des réseaux commerciaux africains et son influence économique pourraient favoriser des accords bilatéraux dans les infrastructures, l’énergie ou la logistique.
- Limites : Une approche purement opportuniste pourrait négliger les dynamiques politiques locales et renforcer une dépendance économique asymétrique.
John Tomaszewski – Conseiller Afrique auprès du strénateur Jim Risch
Avec plus de 18 ans d’expérience en politique étrangère, Tomaszewski est un acteur influent des relations américaines en Afrique.
- Forces : Il pourrait renforcer les alliances sécuritaires dans des régions stratégiques comme le Sahel ou l’Afrique de l’Est, en s’appuyant sur des partenariats militaires.
- Limites : Une focalisation excessive sur les aspects sécuritaires risque de négliger les défis économiques structurels auxquels les pays africains sont confrontés.


Joshua Meservey – Conseiller en politique africaine
Chercheur au Hudson Institute, Meservey est connu pour ses positions conservatrices et critiques envers l’administration Biden. Il milite activement pour une reconnaissance officielle du Somaliland.
- Forces : Son expertise en Afrique de l’Est pourrait orienter une politique plus ciblée sur des régions critiques comme Djibouti.
- Limites : Ses positions polarisantes risquent de limiter la portée d’une diplomatie équilibrée.
Cameron Hudson – Ancien directeur Afrique du NSC
Ancien membre de la CIA, Hudson est reconnu pour ses contributions à la gestion des crises en Afrique.
- Forces : Son expertise en intelligence et sécurité le place en position stratégique pour aborder des questions complexes comme la lutte contre le terrorisme au Sahel.
- Limites : Son focus sur la sécurité pourrait éclipser les dimensions économiques et sociales.


J. Peter Pham – Sous-secrétaire d’État aux Affaires Africaines
Ancien envoyé spécial pour les Grands Lacs et le Sahel, Pham est une figure bien connue dans les cercles diplomatiques africains.
- Forces : Sa capacité à construire des relations bilatérales solides est un atout majeur.
- Limites : Sa proximité avec Trump pourrait susciter des réticences parmi certains partenaires africains.
Joe Foltz – Directeur Afrique du National Security Council (NSC)
Ancien cadre de l’USAID, Foltz est connu pour son expertise en développement international.
- Forces : Il pourrait équilibrer les priorités économiques et sécuritaires en favorisant des programmes de développement alignés avec les objectifs américains.
- Limites : Une vision parfois centrée sur les intérêts des États-Unis, au détriment des priorités locales africaines.

Une lecture globale : Une équipe hétérogène mais stratégiquement alignée
Cette équipe combine :
- Une expertise sécuritaire (Hudson, Tomaszewski) pour aborder les défis du terrorisme et de la stabilité régionale.
- Une vision économique pragmatique (Boulos, Pham) pour renforcer la présence commerciale américaine face à la Chine.
- Un positionnement idéologique conservateur (Meservey, Tomaszewski) qui reflète les priorités du Parti républicain.
Cependant, cette approche manque de vision à long terme, en se concentrant sur des gains immédiats plutôt que sur des investissements durables.
Une analyse stratégique et géopolitique
Le retour de Trump offre une illustration frappante d’une politique étrangère marquée par la clarté de ses intentions transactionnelles et opportunistes. Cependant, au-delà des discours et des priorisations évidentes, plusieurs dynamiques stratégiques peuvent être anticipées :
- Renforcement de la compétition sino-américaine : L’Afrique devient un espace de confrontation directe entre la Chine et les États-Unis. Les initiatives bilatérales devront être conçues non seulement comme des partenariats économiques, mais aussi comme des outils de projection d’influence.
- Une opportunité pour les leaders stratégiques africains : Des pays comme le Maroc, le Kenya ou le Rwanda peuvent tirer parti de cette politique en proposant des projets alignés avec les priorités américaines tout en renforçant leur propre souveraineté.
- Un risque de fragmentation régionale : L’approche à court terme et bilatérale risque de creuser les divisions intra-africaines, affaiblissant les projets d’intégration continentale comme la ZLECAF (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine).
- Une nécessité de narratif africain proactif : Pour naviguer efficacement dans cette nouvelle donne, les pays africains doivent élaborer un narratif unifié qui valorise leur rôle de partenaires stratégiques plutôt que de simples bénéficiaires d’aides.
En fin de compte, l’Afrique dispose d’une opportunité unique de redéfinir ses relations avec les États-Unis, mais cela nécessitera une stratégie collective solide, axée sur l’innovation, la souveraineté et une collaboration intelligente avec d’autres puissances mondiales.
L’avenir des relations américano-africaines sous Trump 2.0 dépendra donc de la capacité des leaders africains à s’adapter rapidement et à transformer les défis en opportunités stratégiques.
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