L’Intelligence économique en Afrique : Un enjeu de sécurité nationale
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Kamal AKRIDISS
Publié le 18 Février 2025
Dans un contexte mondial marqué par une compétition économique intense et des menaces asymétriques croissantes, l’intelligence économique (IE) s’impose comme un outil stratégique essentiel pour les nations. En Afrique, plusieurs pays ont reconnu cette nécessité et ont intégré l’IE au cœur de leurs politiques publiques, la considérant désormais comme une composante clé de leur sécurité nationale. Cette évolution témoigne d’une prise de conscience accrue quant à l’importance de la maîtrise de l’information stratégique pour le développement économique et la souveraineté des États.
La République Démocratique du Congo : Surveillance des secteurs stratégiques
En août 2024, la République Démocratique du Congo (RDC) a franchi une étape significative en créant le Département d’Intelligence Économique et Financière (DIEF) au sein de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR). Cette initiative vise à renforcer la surveillance des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les télécommunications et les nouvelles technologies. Le DIEF est chargé de collecter et d’analyser des données pour anticiper les menaces potentielles et protéger les intérêts économiques du pays. Cette démarche proactive reflète la volonté de la RDC de sécuriser ses ressources et de prévenir les ingérences étrangères dans ses secteurs clés.
Le Cameroun : L’intelligence artificielle au service de l’IE
Le Cameroun a également manifesté son engagement envers l’IE en organisant, en mai 2024, la 7ᵉ édition des Journées Africaines de l’Intelligence Économique à Yaoundé. Placée sous le thème « Apport de l’intelligence artificielle aux performances des acteurs publics et privés africains », cette rencontre a mis en évidence l’importance de l’IA dans l’amélioration des capacités d’IE. Les discussions ont porté sur l’intégration de technologies avancées pour optimiser la collecte et l’analyse de l’information, renforçant ainsi la compétitivité des entreprises et la sécurité économique nationale.
Le Sénégal : Renforcement de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme
En septembre 2024, le Sénégal a intensifié ses efforts en matière d’IE en adoptant un projet de loi visant à renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI), suite à l’inscription du pays sur la liste grise en 2021. Les mesures mises en place incluent une réglementation plus stricte et des sanctions ciblées, avec pour objectif de protéger l’économie nationale et de sortir de cette liste de surveillance. Cette démarche souligne l’importance accordée par le Sénégal à la sécurité économique et à la conformité aux normes internationales.
Le Maroc : Une approche globale de l’intelligence économique
Le Maroc se distingue par une approche intégrée de l’IE, combinant des efforts en matière de sécurité et de développement économique. La Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST) joue un rôle central dans la protection des intérêts économiques et scientifiques du pays. En 2021, la DGST a annoncé avoir démantelé 86 cellules terroristes depuis la création du Bureau Central d’Investigations Judiciaires (BCIJ) en 2015, reflétant une vigilance accrue face aux menaces pesant sur la sécurité nationale et économique. Cette approche proactive permet au Maroc de sécuriser son environnement économique et d’attirer des investissements étrangers en garantissant un climat de stabilité.
Le Burkina Faso : Coordination renforcée des services de renseignement
Au Burkina Faso, la création de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR) en 2015, suite à une tentative de coup d’État, illustre la reconnaissance de l’importance de l’IE pour la sécurité nationale. L’ANR a pour mission de coordonner les différents services de renseignement du pays, avec un accent particulier sur la protection des secteurs économiques stratégiques. Cette centralisation vise à améliorer l’efficacité de la collecte et de l’analyse de l’information, renforçant ainsi la capacité du pays à anticiper et à contrer les menaces économiques et sécuritaires.
Conclusion : L’IE, un enjeu de souveraineté pour l’Afrique du XXIe Siècle
L’intelligence économique s’est imposée comme un levier indispensable pour la croissance économique et la stabilité politique en Afrique. Ce qui était autrefois un outil réservé aux entreprises multinationales est désormais un instrument stratégique pour les États, leur permettant de protéger leurs intérêts, d’anticiper les risques et d’accroître leur influence.
Dans un monde où l’information est une arme aussi puissante que l’or noir ou les ressources minières, la maîtrise des données et des flux économiques devient un enjeu de sécurité nationale incontournable. L’avenir économique de l’Afrique dépendra donc de sa capacité à structurer des politiques d’intelligence économique robustes, à se protéger contre l’ingérence étrangère et à bâtir des synergies régionales pour renforcer son autonomie stratégique.
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