Pourquoi le Maroc abandonne-t-il les armes occidentales au profit des drones turcs ?
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Kamal AKRIDISS
Publié le 12 Février 2025
Le Maroc, historiquement approvisionné par des puissances occidentales comme la France et les États-Unis, a surpris en multipliant ses achats de drones turcs Bayraktar TB2 et Akıncı. Ce changement stratégique interroge : pourquoi le royaume chérifien s’éloigne-t-il de ses fournisseurs traditionnels pour se tourner vers l’industrie de défense turque ? Cette décision relève-t-elle uniquement d’une question de coût ou cache-t-elle une profonde évolution des alliances militaires et géopolitiques ?
À travers une analyse militaire approfondie, cet article décrypte les motivations du Maroc et les impacts potentiels de ce choix sur l’équilibre des forces en Afrique du Nord et au-delà.
Efficacité opérationnelle des drones turcs
Les drones Bayraktar TB2 se sont imposés comme un atout tactique incontournable, ayant démontré leur puissance dans plusieurs conflits récents (Syrie, Libye, Haut-Karabakh, Ukraine). Ces succès opérationnels ont renforcé leur attractivité auprès des États cherchant à moderniser leur arsenal avec des technologies éprouvées et performantes.
En intégrant les drones Akıncı, le Maroc franchit un cap supplémentaire. Ce modèle plus avancé, capable d’opérer à haute altitude avec une autonomie accrue et des charges militaires variées, donne au royaume une capacité de frappe stratégique sans précédent. Ces atouts en font un outil essentiel pour la surveillance des vastes étendues du Sahara et la gestion des tensions régionales.
Un rapport qualité-prix imbattable face aux offres occidentales
L’un des arguments majeurs en faveur des drones turcs réside dans leur rapport coût-efficacité. Un Bayraktar TB2 coûte environ 6 millions d’euros, contre 215 millions d’euros pour un MQ-9 Reaper américain. Cette différence permet au Maroc d’acquérir un volume plus important d’appareils tout en maintenant une flexibilité budgétaire.
À l’inverse, la France et les États-Unis imposent souvent des prix prohibitifs, notamment sur les équipements de haute technologie. De plus, leurs contrats d’armement incluent fréquemment des restrictions d’usage et des conditions politiques que le Maroc cherche à éviter.
L’émancipation du Maroc face aux pressions occidentales
Les ventes d’armes par les États-Unis ou la France sont souvent conditionnées à des accords politiques stricts. En se tournant vers la Turquie, le Maroc contourne les risques de blocages diplomatiques qui ont souvent freiné ses acquisitions dans le passé.
L’exemple le plus marquant concerne l’administration Biden, qui a ralenti la vente de certains équipements militaires à Rabat sous prétexte de surveillance des droits de l’homme. À l’inverse, la Turquie ne pose pas de conditions restrictives sur l’usage des drones, garantissant une totale liberté au Maroc pour ses opérations militaires et de surveillance.
Vers une coopération industrielle et un transfert de technologie
Contrairement aux contrats d’armement occidentaux, les accords avec la Turquie incluent une coopération technologique avancée. L’ambition du Maroc ne se limite pas à acheter des drones : il veut développer sa propre industrie militaire.
En janvier 2024, Rabat et Ankara ont signé un partenariat pour produire certains composants de drones au Maroc. Ce type d’accord permet au royaume d’acquérir un savoir-faire stratégique, ce que ses anciens fournisseurs comme la France ou les États-Unis refusaient de concéder.
Un changement d’alliances géopolitiques ?
Le choix du Maroc s’inscrit aussi dans une transformation des équilibres diplomatiques.
- Un rapprochement stratégique avec la Turquie : Le Maroc renforce ses liens avec Ankara, qui cherche à étendre son influence en Afrique.
- Une réponse à la montée en puissance de l’Algérie : Alger a récemment renforcé ses relations militaires avec Moscou et Pékin. Rabat ne veut pas rester en retrait dans cette nouvelle dynamique régionale.
- Un signal envoyé aux États-Unis et à la France : En diversifiant ses partenaires, le Maroc montre qu’il ne souhaite plus être dépendant des caprices diplomatiques de ses alliés traditionnels.
Le Maroc ne se contente pas d’acheter des drones turcs, il réoriente profondément sa stratégie de défense. Moins cher, plus efficace, plus flexible sur le plan politique, le matériel militaire turc offre à Rabat une capacité d’action renforcée sans les contraintes imposées par Washington et Paris.
Cette décision traduit une volonté d’autonomie militaire, mais aussi une nouvelle dynamique diplomatique où le Maroc veut jouer un rôle stratégique en Afrique du Nord sans subir la pression de ses anciens alliés.
Sources :
https://moroccoworldnews.com/2025/02/368140/morocco-boosts-military-ammunition-with-turkish-bayraktar-akinci-drones
https://thedefensepost.com/2025/02/06/morocco-bayraktar-akinci-drones-2/
https://www.challenge.ma/le-maroc-recevra-en-fevrier-le-puissant-drone-de-combat-bayraktar-akinci-291061/
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/02/07/le-maroc-nouvelle-terre-de-production-des-drones-turcs_6536325_3212.html
https://www.bladi.net/maroc-renforce-arsenal-militaire-cap-akinci-turc%2C103839.html
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