Soft power, hard power, smart power : Quelle stratégie domine le monde aujourd’hui ?
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Kamal AKRIDISS
Publié le 13 Février 2025
Dans un monde en perpétuelle mutation, la manière dont les États exercent leur influence évolue constamment. Longtemps, le hard power, basé sur la force militaire et la coercition économique, a dominé les relations internationales. Avec la mondialisation et l’essor des technologies de l’information, le soft power, qui repose sur la culture, la diplomatie et l’attraction, a pris une place centrale dans les stratégies d’influence. Aujourd’hui, les puissances les plus efficaces sont celles qui savent combiner ces deux approches dans une stratégie hybride appelée smart power.
Dans ce contexte, comment les grandes puissances utilisent-elles ces outils d’influence ? Le hard power est-il encore efficace face aux nouvelles formes de guerre économique et numérique ? Le soft power peut-il suffire dans un monde multipolaire où les tensions sont croissantes ?
Le hard power : Un outil toujours indispensable ?
Le hard power désigne la capacité d’un État à contraindre un autre par la force militaire ou économique. Ce concept repose sur l’usage direct de la puissance pour atteindre des objectifs stratégiques.
L’armée et l’influence militaire
Les budgets militaires mondiaux n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. En 2023, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 240 milliards de dollars, selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Les États-Unis restent le premier pays en termes de dépenses, suivis de la Chine et de la Russie. Ces investissements massifs montrent que la force armée reste un élément clé des relations internationales, notamment dans les zones de conflit comme l’Ukraine, le Moyen-Orient ou la mer de Chine méridionale.
Cependant, l’efficacité du hard power est de plus en plus remise en question. Les interventions militaires en Irak, en Afghanistan ou en Libye ont montré leurs limites, créant des instabilités prolongées plutôt que des victoires stratégiques claires.
Les sanctions économiques : une nouvelle arme de guerre
Les sanctions économiques sont devenues un outil privilégié pour exercer une pression sur des gouvernements hostiles. En 2022, les sanctions occidentales contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine ont gelé plus de 300 milliards de dollars de réserves russes et provoqué un repli des entreprises occidentales du marché russe.
Cependant, ces sanctions ont aussi révélé leurs limites : la Russie a réussi à diversifier ses échanges avec la Chine, l’Inde et d’autres partenaires, réduisant l’impact des mesures occidentales. Cela montre que le hard power économique est efficace, mais peut être contourné par une bonne anticipation stratégique.
Le soft power : L’influence sans contraintes
Le soft power repose sur la capacité d’un État à influencer les autres sans coercition, en utilisant des moyens culturels, idéologiques et diplomatiques. Ce concept, théorisé par Joseph Nye, est aujourd’hui au cœur des stratégies des puissances mondiales.
La culture et l’attraction mondiale
Les États-Unis ont dominé le monde du soft power pendant des décennies grâce à leur cinéma, leur musique, leurs universités prestigieuses et leurs valeurs démocratiques. Cependant, cette domination est aujourd’hui concurrencée par d’autres acteurs :
- La Corée du Sud, grâce à la K-pop, ses séries télévisées et son cinéma, s’est imposée comme une puissance culturelle mondiale. Le groupe BTS et les films coréens comme Parasite ont renforcé son rayonnement international.
- La Chine, avec son réseau d’Instituts Confucius, promeut activement sa culture et sa langue, tout en utilisant des outils comme les méga-événements (Jeux Olympiques de Pékin 2022) pour façonner son image.
- La Turquie, en diffusant des séries télévisées dans le monde arabe et en Afrique, exerce une influence culturelle grandissante.
La diplomatie et les organisations internationales
La diplomatie multilatérale est un autre levier de soft power. Des organisations comme l’ONU, l’Union européenne ou l’Organisation de la coopération islamique jouent un rôle dans l’orientation des politiques mondiales.
Cependant, la crédibilité du soft power est parfois mise à mal. Par exemple, la gestion de crises comme la pandémie de COVID-19 ou la guerre en Ukraine a exposé les divisions et les limites des organisations internationales.
Le smart power : la nouvelle stratégie des états les plus puissants
Le smart power est l’art de combiner intelligemment le hard et le soft power pour maximiser l’influence d’un État. Cette approche est adoptée par les grandes puissances qui cherchent à éviter les erreurs des stratégies basées uniquement sur la force ou la persuasion.
L’exemple de la Chine : une stratégie globale
La Chine illustre parfaitement l’application du smart power :
- Elle utilise le soft power avec son initiative des Nouvelles Routes de la Soie, en finançant des infrastructures dans des pays en développement, créant ainsi une dépendance économique.
- En parallèle, elle montre son hard power en développant sa puissance militaire et en affirmant sa présence en mer de Chine méridionale.
Cette double approche permet à Pékin de renforcer son influence sans recourir à des confrontations directes avec les États-Unis.
Les États-Unis : une adaptation constante
Les États-Unis, longtemps maîtres du soft power, ont dû adapter leur stratégie ces dernières années. Le déclin de leur influence culturelle dans certaines régions du monde et l’échec de certaines interventions militaires les ont poussés à renforcer leur approche hybride.
- Washington mise sur des alliances militaires et économiques comme l’OTAN et l’AUKUS (partenariat militaire avec l’Australie et le Royaume-Uni) pour contenir la Chine.
- En parallèle, ils utilisent leur industrie technologique (Google, Apple, Microsoft) et leurs plateformes médiatiques (CNN, Hollywood) pour imposer leur vision du monde.
Quelle stratégie domine aujourd’hui ?
Dans un monde multipolaire, aucune forme de pouvoir ne peut fonctionner seule. Les États qui misent uniquement sur le hard power s’exposent à des conflits coûteux et à des critiques internationales. Ceux qui comptent uniquement sur le soft power risquent de manquer d’outils pour défendre leurs intérêts face à des acteurs plus agressifs.
Le smart power s’impose donc comme la stratégie la plus efficace, permettant de s’adapter aux nouveaux défis géopolitiques tout en conservant une influence durable.
Aujourd’hui, les États qui excellent dans cet équilibre sont ceux qui parviennent à négocier habilement, influencer subtilement et intervenir stratégiquement, sans se laisser enfermer dans une seule approche.
Sources :
https://www.sipri.org/publications/2024/sipri-fact-sheets/trends-world-military-expenditure-2023
https://www.nato.int/docu/review/fr/articles/2015/07/13/annexion-de-la-crimee-les-sanctions-sont-elles-efficaces/index.html
https://www.sipri.org/publications/2024/sipri-fact-sheets/trends-world-military-expenditure-2023
https://fr.statista.com/statistiques/564916/pays-avec-les-depenses-militaires-les-plus-elevees-en/
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