Donald Trump : Une politique internationale aux enjeux stratégiques profonds
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Cheikh Tidiane NDIAYE
Publié le 07 Février 2025
Les dernières élections présidentielles américaines ont une fois de plus placé Donald Trump au centre de l’attention mondiale.

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump déroule un agenda précis et cohérent avec les probables intérêts des cercles qui l’ont porté au pouvoir. Contrairement aux analyses superficielles qui se concentrent uniquement sur sa personnalité, il est essentiel d’étudier son entourage, les financiers de sa campagne et surtout les plus grands bénéficiaires de ses décisions.
En effet, une approche d’intelligence économique par une cartographie des acteurs, permet de mieux comprendre les véritables intentions derrière sa politique afin de percevoir les dessous des cartes. La posture politique de Donald Trump s’adosse à une vision bien définie. Ainsi un profilage des acteurs cachés sur les critères ci-dessous permettraient de mieux anticiper les intentions :
- Profil socio – économique (examen du milieu social, le parcours professionnel ainsi que les réseaux d’influences des acteurs)
- Idéologie et valeurs (orientation politique, valeurs et croyances, vision du monde)
- Réseaux d’influence (catégorisation des acteurs selon les types de relations avec Trump, les connexions avec d’autres acteurs étrangers, les liens avec d’autres figures politiques etc.)
- Financement et soutien (contributeurs financiers, les groupes de pressions, comment la politique de Trump bénéficient à leurs secteurs)
- Son entourage proche (profils des membres de son administration, ses conseillers et think tank, ses alliés médiatiques etc.)
Cette approche est essentielle pour décrypter les dynamiques de la politiques de Trump et leurs implications sur la scène nationale et internationale.
Des décisions économiques à forte portée géopolitique
Dès son élection, Trump a mis en œuvre des mesures qui bouleversent les équilibres mondiaux :

La suspension de l’aide au développement ! Cette décision affecte directement de nombreux pays africains qui dépendent des financements extérieurs depuis leurs indépendances pour des secteurs vitaux tels que la santé, l’éducation, l’eau et l’énergie. D’après ce qui ressort de cette décision, elle s’inscrit dans sa volonté de réduire les dépenses étrangères et de réorienter les ressources vers des priorités nationales.
Toutefois, au-delà de ces raisons susmentionnées, Trump semble vouloir redéfinir les mécanismes d’aide pour les aligner sur ses intérêts stratégiques. L’aide au développement étant un véritable levier d’influence et de renseignement.
L’Afrique face à la suspension des aides : une opportunité déguisée ?
En amont il est bon de caractériser l’aide au développement plus connue sous l’appellation de l’aide publique est développement (APD). Cette dernière est, selon Agence Francaise de Developpement : “ L’APD, ce sont des dons ou des prêts à taux avantageux visant à financer des programmes d’amélioration de l’accès à l’eau potable, aux soins, à l’électricité, à l’école, à des logements décents, ou encore à un environnement préservé…”
Il devient important pour l’image des pays africains de différencier les deux en parlant de dons ou de prêts. En effet, un prêt ne pourrait pas être catégorisé comme une aide qu’importe les avantages sur les modes de remboursements ou les taux d’intérêts.
En outre, l’un des enjeux majeurs pour l’Afrique est la fin ou la redéfinition des aides américaines. Si cette décision peut être perçue comme une menace immédiate, elle révèle aussi une faiblesse structurelle des États africains : l’absence de gouvernance efficace dans les territoires.
En réalité, de nombreux gouvernements africains sont absents des zones rurales. Les infrastructures essentielles (forages, centres de santé, écoles, ,accès à l’électricité) sont souvent mises en place par des ONG internationales plutôt que par les Etats eux-mêmes. Cette situation pose plusieurs questions :
- Les ONG ne sont-elles pas devenues un palliatif qui empêche les Etats de prendre leurs responsabilités ?
- Quel est l’impact réel de leur action depuis plus de 60 ans ?
- Ne profitent-elles pas de cette position pour collecter des données sensibles sur les territoires, sans contrôle gouvernemental ? :
La suspension de l’aide américaine pourrait donc être une opportunité pour que les Etats africains pensent à reprendre le contrôle de leur développement. Plutôt que de subir, il est temps d’auditer l’aide au développement, les actions des ONG, d’évaluer leurs impacts et de construire des stratégies nationales indépendantes. Les gouvernements africains devraient repenser leur modèle de développement et réduire leur dépendance vis-à -vis de l’aide étrangère. L’heure n’est pas de se plaindre mais d’affronter les réalités. Cette situation devrait inciter à renforcer les institutions et à investir d’avantages dans les secteurs stratégiques afin d’asseoir une souveraineté effective.
La hausse des droits de douane sur les importations

Dès son entrée en fonction, Trump a annoncé une révision des accords commerciaux avec plusieurs pays, notamment le canada, la mexique et la chine, réitérant son engagement de protéger les industries américaines en imposant de nouveaux tarifs douaniers. Même si la résorption du déficit commercial est au cœur du projet, cela poursuit d’autres objectifs.
D’après le rapport du Tresor Francais, “l’analyse de la balance commerciale Canada-Etats-Unis montre que la composante énergétique constitue le premier poste des échanges commerciaux entre les deux pays.”
Ainsi, la hausse des droits de douanes sur les importations de produits canadiens impacterait directement le coût de l’énergie et la compétitivité des entreprises américaines dépendantes de cette énergie. En effet, selon la même source, le Canada est le premier pourvoyeur d’énergie des États-Unis, fournissant en 2023 56 % des importations américaines de pétrole brut. Trésor Francais.

Une menace sur le Groenland, non anodine !
Le souhait de Donald Trump de prendre le contrôle de ce territoire danois n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une logique de contrôle des ressources stratégiques et de positionnement stratégique face à la Russie et la Chine dans l’Arctique.
D’après le Gouvernement Canadien, selon la commission géologique du Danemark et du Groenland (GEUS), le Groenland dispose potentiellement de nombreuses ressources minérales différentes, telles que le cuivre, l’or, le plomb, les pierres précieuses, les métaux des terres rares, l’uranium et le zinc.
Ce qu’il faudrait retenir sur la nouvelle stratégie de Trump par rapport à son premier mandat, c’est sa posture géo-stratégique. En effet, la politique ne se comprend qu’en partant des données matérielles (territoires, besoins, ressources, distances ). Tous ces éléments physiques et matériels forment des enjeux sur lesquels se cristallisent les rapports de forces.
Au-delà de la guerre commerciale, le nouveau Trump mise sur de nouvelles dimensions, les ressources stratégiques et les routes commerciales. Même la guerre en Ukraine, prendrait probablement une autre tournure car il y a des ressources stratégiques sur le territoire ukrainiens dont Trump s’intéresse : “les terres rares”. Ces ressources sont devenues très stratégiques dans la guerre technologique avec la Chine. En effet, “La Chine est le premier producteur mondial avec environ 210 000 tonnes d’ETR extraites et 175 000 tonnes d’ETR raffinés en 2022, représentant 70 % de la production minière mondiale et 87 % de la production mondiale affinée. ”Gouvernement Canada.
Un monde en réaction : entre attentisme, théorisation et veille stratégique
Face à cette politique offensive nous assistons à différentes postures :
Au moment où l’Union européenne théorise, tente de comprendre et cherche des contre-mesures, souvent tardives et inefficaces, l’Afrique reste spectatrice et résignée, dépendant toujours des aides extérieures pour des secteurs stratégiques.
Pendant ce temps, la Chine veille, analyse et réagirait probablement avec des stratégies adaptées pour défendre ses intérêts.
Ce schéma démontre que ceux qui anticipent et comprennent les véritables intentions derrière les actions de Trump sont ceux qui parviendront à préserver leurs intérêts.
Pour faire face : Anticiper, comprendre et agir !
En somme, la politique de Donald Trump est loin d’être improvisée. Elle suit un agenda précis, avec des objectifs clairs. Ses décisions actuelles sont des préparations pour des actions plus profondes et stratégiques à venir. Il lance des ballons de sondes pour tâter le terrain et recueillir les réactions afin de mieux adapter sa tactique.
Pour y faire face, il ne faudrait pas seulement réagir mais anticiper. Il faudrait adopter une approche proactive basée sur l’anticipation, la veille stratégique ainsi que la collaboration. Comprendre les objectifs de Trump, ainsi que les forces qui le soutiennent, est essentiel pour naviguer pour naviguer dans ce paysage politique complexe.
Cela passe par une approche d’intelligence stratégique et économique rigoureuse, une veille stratégique dynamique et une approche prospective capable d’identifier les véritables intentions derrière chaque action.
L’Afrique ne doit plus être un simple spectateur. Elle doit se doter d’outils d’analyse, de prise de décision et de gouvernance efficace pour ne plus subir les choix des grandes puissances, mais devenir un acteur stratégique à part entière.
L’Afrique n’a pas besoin d’aides au développement, l’Afrique a besoin d’un “Plan Marshall” afin d’asseoir les bases pour un développement endogène. “75% des personnes pauvres dans le monde vivent en Afrique, en 1970 cette part était de 10% et les prévisions de la Banque mondiale tablent sur 90% en 2030.”
Face à ce constat, quel est l’impact de “l’aide publique au développement”?
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